Concert – Interview : Alê Kali, l’artiste brésilienne la plus béglaise

Posté le: mai 31, 2019 Posté par: La team FdlM Comments: 0

Concert – Interview : Alê Kali, l’artiste brésilienne la plus béglaise

Avec sa manière singulière de l’interpréter, Alê Kali et son Quinteto vous permettront de profiter pleinement du plaisir d’écouter et danser la musique brésilienne à l’occasion de la Fête de la Morue. L’artiste brésilienne proposera donc son Baile Moderno Brasileiro (Bal Moderne Brésilien), un répertoire dansant et vibrant qui, entre autres, mélange la samba, le forró, la samba de roda, le funk et les ijexás (musique de racine africaine).

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis Alê Kali, une femme brésilienne, bahianaise d’origine, béglaise d’adoption ; chanteuse, brasseuse, féministe, socialiste, compagne de Patricia et mère de Inaê.

Vous êtes née à Salvador, une des villes brésiliennes le plus connues en France. Y a-t-il un lien entre votre ville et la métropole bordelaise ?  Ou entre la culture brésilienne et la culture française ?

Les deux villes sont très différentes, même s’il y a des points communs comme un passé d’esclavage, par exemple. Salvador est beaucoup plus grande, même si moins développée au niveau des services publiques que Bordeaux (merci, les colonisateurs). Nous sommes environ 3 millions d’habitant.e.s. Une belle ville qui se penche sur la mer de pratiquement tous ses angles, un climat plutôt chaud, un magnifique métissage qui a fait de nous un peuple très riche culturellement… Nous sommes accueillant.e.s, très chaleureux.ses, festif.ve.s. Ici, on est plus discret.ète.s, moins tactiles (parfois même un peu froid.e.s). Je pense qu’un mélange bien dosé de ces deux cultures pourrait nous amener à une belle société pour l’avenir. La Bahia occupe la place du cœur du Brésil ; ce n’est pas par hasard que les tambours résonnent tout temps là-bas. Et sont eux qui déterminent le rythme de nos corps, qui façonnent notre culture et notre mode de vie.

Depuis quand habitez-vous en France ? Et à Bègles ?

Depuis 2011. Je suis venue en vacances pour rejoindre mon amoureuse (on s’était connues à Bahia) et j’ai kiffé tellement la vie ici, surtout à la ville de Bègles, qu’on a décidé d’y rester et construire notre famille ici.

Quelle relation entretenez-vous avec Bègles ? Racontez-nous un peu votre histoire avec cette ville.

L’identification avec la ville a été automatique. Ma famille béglaise m’a très bien accueilli. Ils et elles m’ont appris à parler français et ils m’ont aidé avec mes démarches administratives pour exercer le droit naturel de tout être humain de vivre où il veut sur la planète. J’ai trouvé mon chez moi ici. Et autre bon signe : ma musique a été aussi très bien reçue par le public, ce qui m’a permis de développer mes projets musicaux ici et de devenir intermittente du spectacle. Et aujourd’hui, en plus de la musique, c’est à Bègles aussi que j’ai choisi d’installer un de mes projets : la Brasserie Béglaise, pour fabriquer la première bière artisanale de notre ville.

Quelle est votre histoire avec la musique ? Et avec le chant ?

Je chante depuis toujours. La musique fait partie très présente de notre quotidien à Bahia. Nous sommes un peuple très musical qui n’arrête pas de chanter ou jouer, c’est une expression forte de notre culture. J’ai appris à jouer ma guitare en mode autodidacte pendant l’adolescence, la musique m’a beaucoup aidé à m’intégrer socialement (avant j’étais une ado plutôt intello et casanière qui préférait la compagnie des livres et films, même si je n’étais pas timide). La musique est une de mes façons d’exister, d’interagir, de (me) guérir, de me communiquer mes pensées et mes sentiments. C’est une petite contribution dans le souhait d’être utile pour la transformation du monde autour de moi.

Composez-vous aussi des chansons ? Si oui, comment fonctionne votre processus de création musical ?

Non, je ne compose pas encore. Mais je choisis très bien mon répertoire à partir de chansons qui me tiennent à cœur. Je pense aux émotions que les paroles m’inspirent. En général, c’est par coup de cœur. J’écoute beaucoup de musiques différentes, j’écoute les compositions des ami.e.s, de tous les styles et de toutes les parties du monde. Tout cela m’aide à construire mon imaginaire musical. Mon répertoire traduit ce patchwork musical que je suis.

Quelles sont vos plus grandes influences musicales ?

Depuis petite, j’ai eu une écoute ouverte et respectueuse des différents styles, même si la musique traditionnelle et la poésie (les chansons à texte) étaient plutôt mises en avant dans mes préférences. On chante tout temps avec ma famille et ami.e.s, et on aime se réunir autour d’un bon repas pour jouer de la musique ensemble. Mes influences passent par Jackson do Pandeiro, Luiz Gonzaga, Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Gal Costa, Elis Regina, Clara Nunes, Tom Zé, la samba traditionnelle, le rock, la musique afro-brésilienne… J’adore le mélange, le métissage, dans tous les sens. C’est ce qui nous rend plus fort, dynamique et créatif.

Avez-vous des influences françaises ?

Quand j’étais petite, on écoutait souvent la musique française (Aznavour, Piaf, Trenet, Brel et d’autres classiques) à la radio. Mais c’est grâce à ma compagne que j’ai commencé à découvrir plein de choses très intéressantes, cultes ou dites « ringardes » (j’adore Starmania, par exemple). Et je suis une grande fan de la musique traditionnelle française, le bal trad ; ainsi que de la musique « du monde » faite par les artistes français d’origine arabe ou africaine.

Vous êtes une personne très souriante et en même temps très critique envers le gouvernement d’extrême droite brésilienne. Comment utilisez-vous ces deux côtés apparemment si différents sur scène ?

Il n’y a pas de deux cotés. Ce que j’amène sur scène c’est mon tout, ma personne musicale, sociale et politique entière, sans filtre. Je souris beaucoup car je suis comme ça et je suis très reconnaissante d’être vivante, aimée, nourrie, protégée, respectée… Pourtant, ce serait des choses simples qui devraient être garanties à tout le monde, si on ne vivait pas dans un monde où les intérêts d’une demie-douzaine de personnes passent devant les besoins les plus basiques de milliards d’autres ! C’est l’injustice, l’égoïsme et la malveillance qui peuvent éloigner facilement mon sourire. On ne peut pas aimer la musique brésilienne, avec tout ce qu’elle représente, et ne pas respecter les différences ici, chez nous, en France.

Comment l’actualité politique brésilienne influence votre musique ?

La politique brésilienne actuelle est un sujet difficile pour moi. Mais sachez que le gouvernement élu là-bas ne représente pas notre peuple. Il est seulement le résultat de ce système capitaliste qui détruit la vie des gen.te.s partout, qui sème la peur, qui nous rend incapables de nourrir notre famille dignement. Et faites attention : la politique française mérite notre participation et surveillance pour éviter un désastre social. L’ordre actuelle du monde nous rend de plus en plus individualistes.

Pensez-vous qu’il existe une différence entre le public brésilien et le public français ?

Le.la brésilien.ne se laisse emporter plus rapidement, il.elle est moins timide pour danser, l’ambiance festive s’installe rapidement. Mais les Françai.se.s – d’abord timides, respectueux.ses – apprennent de plus en plus à danser et profiter de ces moments de rencontre avec la musique brésilienne. Et on a de bons danseurs et danseuses parmi les françai.e.s ! Il suffit d’attendre leur troisième verre ou la dernière chanson pour les voir remplir la piste de danse. Je rigole. Ils et elles sont supers !

D’après vous, qu’est-ce que le public de la Fête de la Morue peut attendre de votre concert ?

On prépare un bal très dynamique et diversifié, absolument ensoleillé. J’espère qu’ils et elles seront prêt.e.s à danser du début à la fin. Nous méritons un bel échange de bonnes énergies après les élections au Brésil et les Européennes, non ?

Ce n’est pas votre première fois à la Fête de la Morue. Quelle relation entretenez-vous avec cet événement ?

J’étais très ravie d’être à nouveau invitée par l’organisation pour faire partie de cet événement très important dans le calendrier culturel de notre ville. C’est un moment de rencontre, de partage, de croiser nos voisins et voisines, de partager notre chaleureux accueil béglais avec les visitant.e.s. En plus, cette année le thème, c’est le Brésil ! Je suis très contente de pouvoir y contribuer avec ma musique.

Comment définissez-vous un baile moderno brasileiro ?

Modernus, à la mode. Pour moi la musique brésilienne est très moderne, et toujours à la mode. Elle mélange tout et se refait tout temps. Donc, je choisis des chansons atemporelles que j’adore et que nous emportent. Et pour ce Bal, on aura une présence percussive assez remarquable sur scène ! Les percussions vont nous réveiller et rappeler notre ADN danseur. Je pense sincèrement qu’on va s’éclater.

Quels sont les instruments présents à votre concert ? Et qui sont les autres membres du quinteto ?

Voici mon équipe bien épicée pour le Bal du 14 Juin : Alê Kali (guitare/chant), François Chommaux (guitare/chœurs), Grégoire Merleau (batterie), Mayu Calumbi (basse/chœurs), Anthony Duvalle et Thomas Labadens (percussions). Participations spéciales : Patricia Sireyjol (cavaquinho/chœurs) et João do Ilê (percussions). Préparez vos genoux car ça va guincher grave et ça va être gavé bon !

 

 

Vendredi 14 Juin 21 h 15

Stade A. Moga