SAR’OCÉAN | Bernard JAUBERT le dernier des morutiers béglais

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Posted on: mai 18, 2018 Posted by: La team FdlM Comments: 0

SAR’OCÉAN | Bernard JAUBERT le dernier des morutiers béglais

En culottes courtes, Bernard Jaubert aimait courir dans les parcs de pendilles, en face du château de Francs. Aujourd’hui, à 62 ans, un sourire au coin des yeux, et il s’en amuse en se frottant le bras : « J’ai presque des écailles ». Une vie de Béglais, consacrée à la morue : Bernard Jaubert, patron de Sar’Océan, est le dernier morutier de Bègles.

Au début du siècle, Bègles est le deuxième centre morutier de France après Fécamp, en Normandie. La morue, l’or blanc qui a fait vivre des générations de Béglais, vit encore dans un petit coin de l’allée Boyer. Entre la Garonne et la mairie, s’étendaient autrefois les parcs de pendilles où l’on mettait à sécher le cabillaud pêché dans les eaux froides de Terre Neuve. La morue était une source d’emploi pour les Béglais et surtout pour les femmes. Bègles a connu jusqu’à 35 sécheries. La ville séchait le poisson des chalutiers bordelais, acheminé via la Garonne jusqu’à Bègles. La commune avait alors en permanence une odeur caractéristique. Aujourd’hui, seule l’entreprise de la famille Jaubert-Boyer perdure.

Première sècherie de Bègles
Officiellement, la première autorisation préfectorale est celle de Varet et Cie en 1847, qui devient la propriété de Boyer puis de Marc Jaubert, le père de Bernard. La sécherie Sar’Océan est ainsi la première sécherie de Bègles mais aussi la dernière ! « Dans notre famille, nous séchons la morue depuis 1843. Nous fêtons cette année notre 175e anniversaire », explique Bernard Jaubert. L’entreprise familiale a été transmise par Pierre Boyer au père de Bernard. « Nous vivions à Sarlat à l’époque, mon père était pépiniériste. Il était le petit cousin et seul héritier Boyer. Nous nous sommes donc installés à Bègles, j’avais 5 ans », raconte Bernard Jaubert. Son père développe cette petite entreprise de cinq employés. Il arrive à passer le mauvais cap des années 70 avec la fin des chalutiers bordelais. « Le fait d’être petit a tourné à notre avantage. Nous avons trouvé d’autres points d’approvisionnement et mon père a mis en place la salaison sur place et non plus sur les bateaux ». L’activité reprend et Marc Jaubert acquiert en 1982 la première machine à flaquer, c’est-à-dire à ouvrir le poisson de part en part pour retirer l’arrête centrale. « C’était un soulagement. Nous faisions tout à la main car le sel corrode les machines très rapidement. Je me souviens que pendant mes vacances d’été, j’y avais droit. J’ai un souvenir mémorable de deux tonnes de lieux à flaquer au couteau. J’avais les mains dans un sale état à la fin de l’été ! », explique Bernard.

2000 tonnes de poisson
Dans les années 80, les Jaubert décident de se diversifier et se lancent dans la fabrication de plats cuisinés. Dans les années 2000, plus de 143 personnes travaillent en trois-huit dans la sécherie béglaise. Aujourd’hui, une trentaine de personnes sont employées et traitent près de 2000 tonnes de poisson à l’année. L’entreprise a conservé les activités de salaison et de sécherie, et développe la fabrication de plats cuisinés, accras et brandade notamment. « Le vrac a tendance à disparaitre au détriment des petits conditionnements. Mais nous pelons encore nos filets. Ce savoir-faire traditionnel pourrait malheureusement disparaître », constate Bernard Jaubert. Quand on évoque la question de la transmission, Bernard comprend la décision de son fils de ne pas reprendre l’entreprise. « Tous mes ancêtres ont atteint des âges avancés, le sel, ça conserve ! », rit le chef d’entreprise en rêvant d’une belle usine de plats cuisinés dans les 20 ans qui viennent. La morue se réinvente à Bègles, et sa mémoire, grâce à la famille Jaubert est encore vive.

Article paru dans La Béglaise mai-juin 2018, cliquez ici pour le consulter.

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